Raison souveraine

1615. Anne d’Autriche, infante d’Espagne, quitte son pays natal pour lier son destin à celui de Louis XIII. Ses espoirs seront vite anéantis : tenue à l’écart des affaires de l’État par son époux et sa belle-mère, tous deux jaloux de leurs prérogatives, elle découvre par ailleurs le peu d’attirance du roi pour le beau sexe. Sa vie devient un enfer.

Une entrevue galante à la nuit tombée, avec le séduisant duc de Buckingham fait scandale dans les cours européennes et déchaîne la fureur d’un souverain humilié. Le cardinal de Richelieu, qui gouverne la France d’une poigne de fer, espionne désormais la reine sans relâche tandis que la duchesse de Chevreuse multiplie les intrigues autour d’elle, provoquant de graves crises qui ébranlent le trône. Parvenir à embrasser les intérêts de la France et se sentir enfin reine, tel sera l’enjeu douloureux d’Anne d’Autriche jusqu’à la naissance de son fils, le futur Roi-Soleil.

 


Propos de l'auteur

Il y a 400 ans, Anne d’Autriche devenait reine de France. Lui consacrer un jour un livre a toujours été pour moi une évidence. En écrivant Althéa ou la colère d’un roi, mon premier roman, je la mettais déjà en scène, mais dans la dernière période de sa vie.  Raison souveraine  la cueille comme le bouton de rose qu’elle est en 1615, alors qu’âgée de quatorze ans, elle épouse le roi de France. Louis XIII a le même âge, il est en quête d’amour. Sa mère, Marie de Médicis, l’en a privé durant toute son enfance, lui préférant son frère et l’élevant dans la crainte de Dieu et de ses châtiments. La responsabilité de cette femme dans l’échec de la vie conjugale de son fils est énorme. Henri IV, son père, est assassiné quand il n’a que huit ans. Il voit le cadavre que l’on ramène au Louvre, il en est traumatisé. Mais un roi ne doit pas pleurer. Père manquant, fils manqué disait Corneau. Si l’on ajoute mère peu aimante et penchants homosexuels, on voit se profiler l’épanouissement conjugal d’Anne d’Autriche. La personnalité brillante mais écrasante de Richelieu, l’entêtement et l’orgueil démesuré de Marie de Médicis viennent compléter ce beau tableau de Cour où intrigues et complots sont le lot quotidien. Eloignée de son pays, Anne est nostalgique. Elle commet de graves erreurs que la postérité – Michelet au XIXème adore malmener les reines ! – mettra en lumière. C’est ce parcours difficile mais tellement passionnant que j’ai voulu mettre en scène, depuis ses « épousailles » jusqu’à ses « relevailles » consécutives à la naissance de son premier enfant… né après 23 ans de mariage ! Ce dauphin tant attendu n’est pas n’importe lequel.
Louis-Dieudonné, quatorzième du nom, sera un jour le roi-Soleil.

 

Extrait

La douce chaleur encore humide de l’orage en ce début d’été l’incita à garder sa fenêtre ouverte. La musique de la fête, qu’on entendait au loin, se mêlait au bruit de sa plume glissant sur le vélin.

Le temps s’écoulait sans qu’elle le mesurât, absorbée dans la rédaction de sa missive.

Quand elle l’eut achevée, elle la sabla, la cacheta, puis sortit son livre d’heures du tiroir. C’est alors qu’une plume incarnate tomba sur le tapis. Après l’avoir ramassée, Anne la contempla un long moment avec émotion.

Quelques jours avant ses épousailles, l’année passée, son promis assistait à sa toilette lorsqu’elle avait eu besoin d’une plume pour parachever sa coiffure. Fort galamment, le roi avait retiré son chapeau afin d’en ôter l’une des siennes, non sans lui demander en échange un ruban qu’il s’était empressé d’arborer à sa boutonnière, comme s’il portait ses couleurs. Émue de cette attention, la jeune fille avait pieusement gardé cette fragile relique d’un amour en devenir…

En se remémorant cet épisode, Anne sentit son cœur se serrer et, pensive, abandonna son écritoire pour se glisser dans son lit.

Elle déposa à côté d’elle, sur l’oreiller, cet objet si léger et cependant tellement chargé de sens à ses yeux. Elle fut alors frappée par le contraste, dans la pénombre, de cette plume écarlate sur le blanc immaculé des dentelles.

On eût dit une plaie béante.